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Une homophobie primaire et souvent violente persiste en France, alimentée, paradoxalement, par l'acceptation croissante de l'homosexualité dans la société, selon l'association SOS homophobie, qui présentait mardi son 10ème rapport annuel, alors que la Journée mondiale de la lutte contre l'homophobie a lieu mercredi.
"Ce rapport, c'est aujourd'hui le seul outil qui existe en France pour une analyse quantitative et qualitative de l'homophobie", faute de statistiques policières, a assuré Julien Lemonnier, l'un des rédacteurs du rapport.
"Depuis 10 ans, on a bien sûr constaté une visibilité et une acceptation accrues dans la société et dans les médias", a reconnu M. Lemonnier. Il a évoqué le Pacs, la lutte contre les discriminations au travail, la pénalisation de certains propos homophobes, l'aggravation des peines pour agression à motif homophobe et la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (Halde).
"Le débat actuel est un petit peu confisqué par tout ce qui est la thématique du droit au mariage et du droit à la parentalité", a souligné le président de SOS homophobie Flannan Obé. "Il ne faut pas oublier qu'une homophobie beaucoup plus primaire existe encore et continue à faire rage".
Selon le rapport, les "agressions physiques restent à un niveau élevé". Perpétrées à 49% dans les lieux publics, elles représentent 11% des 1.212 témoignages recensés par l'association en 2005, principale source du document.
"C'est une phase de transition", a affirmé M. Obé. "On est à une période charnière, où les gens se montrent de plus en plus", a-t-il ajouté, évoquant l'agression en avril de deux jeunes hommes qui s'embrassaient sous un abribus à Orléans.
"De la base jusqu'aux élites, les homophobes qui l'étaient de façon un peu latente et qui n'avaient pas besoin de l'exprimer plus que ça puisque la société l'était suffisamment, se sentent d'un coup presque menacés", a-t-il poursuivi.
"Des gens se sentent presque non seulement le droit, mais le devoir, de rétablir cet hétérocentrisme, c'est-à-dire la prédominance de l'hétérosexualité et que +non, ce n'est pas normal d'être homosexuel et qu'on est uniquement tolérés, et qu'à la limite si on n'existait pas, ce serait mieux+", a-t-il estimé.
L'association s'alarme de "la très importante progression des témoignages +mal de vivre+", qui représentent "8% du total, le double de l'année dernière", qu'elle attribue à une "intériorisation de l'homophobie ambiante" ravivée.
"C'est juste une homophobie qui ne dit pas son nom. On ne va jamais être licencié ni mis au placard pour cause d'homosexualité, donc elle est toujours déguisée", a expliqué Marion Le Moine, autre rédactrice, ce qui la rend "extrêmement difficile à prouver".
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